La prostitution (du latin prostituere mettre devant, exposer au public) est une activité consistant à accepter ou obtenir, en échange d'une rémunération, des relations sexuelles. Bien que cette activité soit pratiquée par les membres des deux sexes, elle est le plus souvent le fait des femmes, mais cela concerne aussi les hommes dans le cadre de prostitution homosexuelle, travesti, transsexuelle et hétérosexuelle. Le terme générique employé est prostitué(e).
Dans la civilisation méditerranéenne et européenne, l'attitude prohibitionniste ('la prostitution est une activité immorale qui doit être réprimée et abolie') a existé depuis les premiers temps historiques et les mesures abolitionnistes, malgré leur inefficacité patente, sont maintenues jusqu'au XIIe siècle. L'attitude de la réglementation ('la prostitution est une activité comme une autre qu'il suffit de réglementer') a été chronologiquement la seconde attitude, au XIIe siècle les réglementations renaissent et finissent par se généraliser.
Au XVIe siècle, les mesures abolitionnistes réapparaissent dans toute l'Europe. Elles sont à nouveau remplacées par des réglementations au XIXe siècle. À la fin du XIXe siècle, avec les combats de Josephine Butler, l'abolitionnisme moderne naît dans la Grande-Bretagne victorienne. La France, qui a été le pays d'origine du réglementarisme, change d'orientation en 1946 et adopte un régime abolitionniste.
La prostitution intéresse les autorités sur le plan fiscal, moral et sanitaire. Les politiques des pouvoirs temporels et religieux sont connues et expérimentées depuis longtemps. Toute politique vis-à-vis de la prostitution est difficile à cause de la difficulté de prouver qu'une relation sexuelle a eu lieu suite à un échange d'argent.
On peut distinguer globalement trois conceptions de la prostitution, produisant trois approches politiques des États sur l'existence de la prostitution :
* réglementariste : pour les réglementaristes, la prostitution est une activité comme une autre qu'il suffit de réglementer ; une activité professionnelle normale que l'État doit réguler comme toutes les autres, encadrer cette activité dans un cadre légal, c'est-à-dire en protégeant les droits des travailleurs de même qu'en prévenant et en limitant les abus des employeurs. Les personnes prostituées sont considérées comme des "travailleurs du sexe".
* abolitionniste : pour les abolitionnistes, la prostitution est une forme d'exploitation et une atteinte à la dignité humaine qui doit être abolie. Les personnes prostituées sont des victimes et les proxénètes des criminels. Les personnes prostituées ne sont pas sanctionnables ; les clients peuvent être sanctionnés.
* prohibitionniste : les personnes prostituées et les proxénètes sont des criminels ; police et justice sanctionnent ces activités. Les clients peuvent être sanctionnés.
Dans l'Europe d'aujourd'hui, les deux tendances principales et opposantes sont couramment l'abolitionnisme et la réglementarisme.
Comme les politiques des pays européens vis-à-vis de la prostitution (qui ne sont pas forcément conformes à leur législation officielle) sont différentes et parfois opposées, elles peuvent parfois être contournées par les moyens modernes de communication et les possibilités de tourisme sexuel. Par exemple la Belgique, qui a une législation quasiment identique à celle de la France, permet de fait, contrairement à la France, l'exploitation de maisons de tolérance sur une grande échelle, et leur publicité dans des médias de presse ou sur internet. Autre exemple, la publicité par internet pour des services dits d'escorte se fait à partir de ces pays plus tolérants, à destination de pays ou une telle publicité est prohibée.
La réglementation s'est souvent faite par le biais de lois et de registres de prostituées. Aujourd'hui, les résultats les plus aboutis de la logique réglementariste se trouvent dans les législations des Pays-Bas et de l'Allemagne. Dans ces deux pays toutes les entreprises de 15 employés et plus, y compris les bordels, doivent obligatoirement « avoir à l'emploi » des apprentis sous peine de pénalités financières. D'autres pays comme L'Autriche, la Suisse, la Hongrie, la Grèce et la Turquie, ont également légalisé la prostitution.
Les pays européens qui ne sont pas règlementaristes sont en général abolitionnistes. Ils refusent toute réglementation qui ne peut que cautionner l'existence de la prostitution. En France, la prostitution est autorisée (à l'exception des mineurs et des personnes vulnérables, femmes enceintes, handicapés), mais le proxénétisme y est interdit. Le racolage, y compris passif depuis 2003, l'est également en France[1]. En Suède, en Norvège[2] et en Islande[3] le client est puni par la loi, mais les prostituées ne sont pas pénalisées. Depuis la loi française « Marthe Richard » (voir Histoire de la prostitution) de 1946, l'abolitionnisme ne lutte plus seulement pour l'abolition de la réglementation de la prostitution mais pour l'abolition de la prostitution dans son ensemble.
Pour des détails des politiques et des événements français récents, ou moins récents, vis-à-vis de la prostitution, voir Histoire de la prostitution.
La prostitution est parfois considérée comme un problème car, lorsqu'il n'existe pas de cadre légal pour l'exercer, elle est souvent aux mains de la criminalité organisée. Les prostituées peuvent alors être victimes d'une forme d'esclavage. Les prostituées sont également concernées par les maladies sexuellement transmissibles et les convoitises que provoquent leurs revenus.
Pour les riverains, la prostitution de rue est souvent très mal vécue car, en termes d'image, elle aurait pour conséquence indirecte de dévaloriser les propriétés du quartier.[réf. souhaitée] Les riverains se plaignent parfois de nuisances causées par les prostituées et se montrent favorables à l'option du cantonnement de la prostitution dans des maisons closes ou des zones urbaines spécifiques, mais cette option relève de la logique NIMBY (Not in my back yard - "pas dans ma cour") et a pour seul but, tout comme la répression du racolage, de chasser la prostitution de l'espace public pour la reléguer dans des lieux clandestins ou des zones isolées où les prostituées seront encore plus vulnérables.
Beaucoup de femmes, dans le cadre de cette activité, immigrent vers des pays parfois très éloignés [19].
De plus, dans le cadre spécifique de la prostitution forcée, des réseaux criminels peuvent utiliser des techniques de contrainte comme la confiscation de papiers d'identité, le chantage familial, la surveillance par des souteneurs. Il arrive que les prostituées soient l'objet de trafic et soient vendues. Elles peuvent également être droguées de force afin d'être plus facile à surveiller.
Selon Sabine Dusch[20], la prostitution engendrerait un chiffre d'affaires mondial de 60 milliards d'euros. En 1998, l'Organisation des Nations unies[21] estimait que, chaque année, 4 millions de personnes se prostitueraient, ce qui générerait entre 5 et 7 milliards de dollars US de profits aux groupes criminels.